Jérôme Castel – Interview

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Jérôme Castel est programmé au premier Festival Walden (un festival en partenariat avec Microcultures) – Interview

 

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L’envie de chanter est venue très vite, après avoir appris mes premiers accords, essentiellement les Beatles.

 

Tu connaissais Nesles avant qu’il te propose de participer au 1er Festival Walden avec Microcultures ?

J’ai rencontré Nesles il y a deux ans au cours d’une soirée Walden, Fredda partageait la scène avec lui ce soir là. La sympathie a été immédiate et réciproque. Il m’a très vite  proposé de venir jouer avec lui. Je n’étais pas monté sur scène avec mes chansons depuis 6 ans et ça ne l’a pas inquiété plus que ça.

Peux-tu te présenter rapidement, comment te définirais-tu en quelques mots ?

Je suis guitariste, chanteur. J’écris des chansons, en français, j’écris aussi des bandes-son pour le théâtre et je suis guitariste pour Bertrand Louis. Et peut-être un peu bassiste pour Nesles… Et puis parfois dj aussi.

Tu voulais faire quoi quand tu étais petit ? Tu t’imaginais devenir musicien ?

Je ne me souviens absolument pas d’avoir eu enfant une envie quelconque concernant le monde des adultes ; il ne me semblait pas de nature à être envié. Quant à devenir musicien…

Tu as commencé la guitare à 15 ans. Et quand as-tu chanté et composé pour la première fois ?

L’envie de chanter est venue très vite, après avoir appris mes premiers accords, essentiellement les Beatles. Pour les compos c’est venu plus tard, vers 20 ans et d’abord en anglais. C’était des trucs très influencés par le rock indé américain. Chanter en français me semblait alors inaccessible et surtout hors de ma culture musicale de l’époque. Mon niveau d’anglais étant très faible, je me souviens avoir plusieurs fois utilisé des phrases entières de mode d’emploi d’appareils électroménagers comme textes de chansons. Tant qu’à chanter des choses insipides…

Quels sont les groupes que tu affectionnes actuellement et ceux qui t’ont marqué quand tu étais adolescent ?

Actuellement j’écoute beaucoup Low, Suuns, Ought, The Drones, The Flaming Lips, Thurston Moore et Julien Gasc.

Mon enfance et mon adolescence ont été marquées par une très grande gourmandise musicale, sans aucun interdit ni tabou. Un grand fourre-tout dans lequel on pouvait trouver Village People (premier 45T acheté à 6 ans), Tangerine Dream, les Beatles, les Beach Boys, Pink Floyd, beaucoup de musique de western, Orchestral Manœuvres in the Dark, Joe Dassin, Alan Parsons Project, Joe Jackson, Thiéfaine, les Clash, Supertramp, les hit parades des radios…

Et puis il y avait l’influence primordiale de mon grand frère. De 8 ans mon aîné, il avait pris de plein fouet la vague progressive anglaise du début des années 70, passion qu’il a largement partagée avec moi. À 13 ans je faisait la différence entre la période Peter Gabriel et la période Phil Collins de Genesis. Avec une large préférence pour la première…

Je t’ai découvert pour la première fois sur scène au cours de la 2e soirée Décalage d’hiver à la Scène Du Canal Jemmapes avec David Lafore. Tu jouais alors dans la formation Le Julbox avec Julie Marx qui proposait des reprises très réussies de chansons françaises comme par exemple le magnifique titre Danse avec moi de David Lafore justement. Tu es aussi guitariste pour Bertrand Louis, tu as accompagné d’autres groupes et tu es compositeur pour le théâtre. Peux-tu nous parler de ton parcours musical et nous raconter ce qui t’a amené, en parallèle, à ton projet solo ?

Je vais plutôt raconter ce qui m’a fait m’en éloigner un temps : il y a eu deux événements déclencheurs importants qui m’ont invités à laisser de côté mon projet solo.

Le premier, c’est en 2008. Je partage la scène ce soir-là avec Sing Sing, la moitié masculine de Arlt, sur une petite scène parisienne. Il vient de sortir un Ep sous son nom. Après mon set, je vois cet énergumène s’emparer du plateau de façon incroyable, avec son jeu de guitare hypnotique et iconoclaste, sa nonchalance de grand félin repu, et ses textes beaux et rugueux comme du silex. Une claque et un constat. J’ai pris conscience qu’artistiquement, je n’étais pas là ou je voulais être.

Un an plus tard, je pars enregistrer une semaine avec une petite équipe dans une maison dans le Lot. Studio mobile, un violon, un MS10, un térémin et des guitares. Un titre par jour. La session se déroule magnifiquement bien, mais pour des raisons techniques, l’ingénieur du son/réalisateur n’est pas en mesure de me laisser les fichiers d’enregistrements au moment où nous nous sommes séparés. Je n’ai jamais pu récupérer les bandes. J’y ai vu là un signe.

J’ai pris alors la décision de mettre mon projet en sommeil, de m’ouvrir aux rencontres et d’aller travailler pour d’autres projets que le mien.
De fil en aiguille, de collaboration en collaboration, des musiciens, des auteurs m’ont conduit à Julie Marx, à Bertrand Louis, à Fredda, au collectif MxM, à Aurélia Guillet ou à Nicolas Kerszenbaum et Guillaume Léglise, pour ne citer qu’eux.
Et puis il y a trois ans, fort de ces belles rencontres et de ces belles aventures je me suis senti prêt à développer à nouveau mon projet solo.

Tu es aussi soutenu par La Souterraine, ton single La fille de l’été ayant été programmé dans l’émission La souterraine #17 sur Radio Campus Paris. Que penses-tu de la scène française indé actuelle et de ces nouvelles structures solidaires dont l’ambition est d’aider les artistes hors circuit en leur donnant une certaine présence médiatique ?

La scène française indépendante actuelle est assez incroyable et foisonnante. C’est vertigineux et excitant. J’essaie de suivre le travail qu’accomplit la Souterraine et je suis très admiratif du travail entrepris par Nesles pour tenter de fédérer des énergies autour de l’envie de jouer en concert.

 

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La chaleur animale est ce qu’il nous restera quand le reste aura disparu.

 

Dans plusieurs titres de ton nouvel EP La chaleur animale, qui doit sortir fin septembre, on retrouve le thème de la nature et l’idée de la chrysalide… Est-ce le fil conducteur de La chaleur animale ? L’homme plante par exemple m’évoque les Ents du Seigneur des Anneaux (Tolkien). 😉

Il est question de traversées et des choses que l’on perd en route, de dépouillement. La thématique de la mutation, du changement est très présente chez moi.
Et La chaleur animale est ce qu’il nous restera quand le reste aura disparu.
La nature habite mes chansons. Elle est une présence puissante sur laquelle je peux projeter mes émotions. Elle est aussi un biotope redoutable, et là, c’est beaucoup moins… romantique.

Je ne sais pas si L’homme plante est directement inspiré du Seigneur des Anneaux, mais c’est un livre que j’ai dévoré plusieurs fois à l’adolescence.
Les Ents sont des créatures sympathiques, et je ne crois pas que L’homme plante le soit. En lisant Écorces de Xavier Gloubokii, j’ai trouvé un écho à cette thématique d’une créature mi-humaine mi-végétale. Ou peut-être faut-il aller chercher du côté d’Albator et des Sylvidres ?

Le Festival Walden présente des artistes francophones et qui chantent en français. Pourquoi choisis-tu d’écrire tes textes dans la langue de Molière ? Est-ce un combat pour toi que de ferrailler avec cette langue qui est sauvage, difficile à dominer ? Est-ce un acte de résistance dans la mondialisation actuelle où la tendance est de chanter en anglais ?

J’écris avec la langue que j’utilise pour aimer, rire, rêver et pleurer. Pas par résistance ou militantisme. Puis mon accent anglais est pitoyable et mon vocabulaire très limité. Et l’anglais c’est la langue du Rock et moi, je ne fais pas du Rock. Donc, en français. Et tous ceux qui s’y collent savent bien ce qu’il en est du français : ça sonne velu.

Quel titre as-tu choisi pour la compilation du Festival Walden ? Pourquoi ?

J’ai choisi Les rues de Valparaiso. Il rend assez bien compte de mon univers sonore et j’aime bien son coté générique de western.

Tu puises tes inspirations dans la littérature, le cinéma, la BD…  Si tu devais citer un auteur, un cinéaste, un dessinateur ?

Un ? C’est compliqué… Bolano pour la littérature, Guiraudie pour le cinéma et David B pour la BD.

Ton plus beau souvenir musical sur Paris ?

Dominique A à la Fondation Cartier en 1994. Il venait de sortir La mémoire neuve, il était seul avec un clavier et une guitare. On était cent. Et il nous a tenu dans sa main pendant un temps qui m’a semblé sans fin. C’était beau, doux, lyrique, sensible. Et drôle.

Quels sont tes projets musicaux et/ou artistiques ?

Je sors un mini album à l’Automne qui s’appelle La chaleur animale, je serai sur la scène du Théâtre de Belleville du 12 septembre au 3 décembre dans une pièce de Nicolas Kerszenbaum, Swann s’inclina poliment. J’y jouerai de la guitare électrique en compagnie de Guillaume Léglise, qui a composé une grande partie de la musique.

Quelle est ton étoile ? Qu’est-ce qui te guide ?

J’aime bien l’étoile Cor Caroli, c’est l’étoile la plus brillante de la constellation des chiens de chasse. Je ne connais rien aux étoiles, mais celle-ci m’a toujours séduit. Va savoir !

Merci Jérôme !

 

 

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