Fredda – Interview

© Julien Bourgeois
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Fredda joue dans le cadre du Festival Walden – Interview

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C’est comme un chemin que j’ai tracé ou construit, ou sur lequel j’ai été placée par des rencontres, des goûts qui s’affinent, un son que je recherchais depuis déjà quelques années, celui de la scène actuelle et plus ancienne de Tucson.

 

Tu es programmée au 1er Festival Walden avec Microcultures. Tu avais déjà joué dans le cadre des soirées Walden. Pourquoi as-tu accepté l’invitation de Nesles ? Tu te reconnais dans l’esprit Walden ?

Florent Nesles est devenu un ami au fil du temps, nous nous sommes rencontrés sur la petite scène indé parisienne, nous connaissons bien ce réseau d’échanges et de débrouille. Je ne sais plus si c’est moi ou lui qui la première fois a invité l’autre à jouer, toujours est-il que j’ai partagé une soirée Walden avec lui au tout début des soirées, et qu’il a partagé une scène avec moi au Zèbre de Belleville lors de la sortie de mon album précédent Le chant des murmures. Je suis flattée et hyper contente d’être programmée dans son premier festival, je sais combien c’est dur de fédérer, réaliser, organiser des évènements… Son énergie me parle voilà pourquoi je me sens proche de cet esprit.

Peux-tu te présenter rapidement, comment te définirais-tu en quelques mots ?

Une chanteuse guitariste au parcours un peu atypique, en quelques mots et même parfois très atypique tant les expériences sont plutôt étendues et différentes pour ne pas dire éclectiques, le mot mal aimé ! Mais je crois que Nesles a plutôt bien fait la présentation dans la petite bio écrite par lui-même dans son programme.

Tu voulais faire quoi quand tu étais petite ? Tu t’imaginais devenir musicienne ?

Hôtesse de l’air car j’avais déjà le goût du voyage, j’ai voyagé petite et adolescente. Je ne sais si je voulais devenir musicienne, ce n’était pas à envisager comme métier dans ma famille, mais une chose est sûre, j’ai eu accès à des instruments de musique très  tôt et me suis beaucoup réfugiée vers un univers sonore et musical. J’adorais la musique de par mon grand-père maternel musicien et les fêtes de famille joyeuses où l’on chantait de manière assez traditionnelle.

Tu as suivi une formation de guitariste en 1997. As-tu commencé la musique en jouant de la guitare ou en pratiquant le chant ?

Mon premier instrument fut le piano en autodidacte.  J’avais un clavier à la maison dès l’âge de 11 ou 12 ans, puis comme j’avais la bougeotte, adolescente, il a fallu le remplacer par la guitare. J’ai été très mauvaise guitariste pendant des années car c’est tout simplement un instrument difficile qu’il faut faire sonner dans ses doigts, et rendre rythmique en accompagnement. Ça prend du temps, mais en revanche j’ai vraiment fait mon premier apprentissage de chanteuse avec une guitare. Et puis quand je me suis sentie limitée harmoniquement, rythmiquement, j’ai fait cette école de musique actuelle le MAI et des cours de chant.

Quels sont les groupes que tu affectionnes qui t’ont marquée quand tu étais adolescente ?

Adolescente (donc en 88 pour moi) j’écoutais du rock, type Deep Purple, Motörhead, etc. C’est drôle de voir que certains sont encore  à l’affiche des festivals métal aujourd’hui, bon plus de Lemmy malheureusement. Puis j’ai écouté Tom Waits, Rickie Lee Jones, du jazz aussi par mon père qui écoutait Monk, et les Floyd. Pas trop de chansons françaises avant la vingtaine, j’avoue.

Ton nouvel album «Land» va paraître très bientôt : le 26 mai. Pourquoi as-tu choisi de le mixer aux Etats-Unis, à Tucson ?

C’est comme un chemin que j’ai tracé ou construit, ou sur lequel j’ai été posée par des rencontres, des goûts qui s’affinent, un son que je recherchais depuis déjà quelques années, celui de la scène actuelle et plus ancienne de Tucson.  J’ai découvert pour ainsi dire les artistes d’Arizona par mon label licence en Allemagne, qui produisait en Europe des groupes de Tuscon.  Et le réseau s’est affiné, m’a menée jusqu’au studio de Jim Waters, où deux de mes collaborateurs guitaristes (Sammy Decoster sur Le chant des murmures et Stéphane Louvain sur Land) avaient enregistré. Il n’y a rien d’exceptionnel dans cette démarche, elle est à ma portée et dans ma recherche sonore. L’album a été enregistré à la maison et quelque part dès le début je savais qu’il me fallait révéler le son dans un studio assez typé.

 

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Les premières chansons ont été écrites en Inde, puis des mots posés sur des sortes de carnets de voyage, des bribes de poésie du quotidien.

 

Land est ton 5e disque. Le précédent Le chant des murmures était une sorte de «voyage initiatique» livré à travers le prisme de ton vécu. Retrouve-t-on la même thématique dans Land ? Et quelles ont été tes motivations pour composer ce nouvel album ?

Je ne crois pas que, dans le fond, je sois  très éloignée des thèmes du Chant des murmures ou de L’ancolie. Peut-être avais-je encore besoin d’aborder la thématique de la nature. Le voyage y est représenté là différemment, en écho avec l’exode des migrants, ou le voyage des immigrants européens du 19e avec Au grand Tomple ou le départ du foyer d’une enfant devenue grande. Il y a  des thèmes plus intimes aussi dans cet album. Oui je me sers de mon vécu et de mes sentiments d’aujourd’hui, c’est une façon de me recentrer. Ce fut trop pénible à vivre, Paris et le reste du monde, ces deux dernières années. Ma motivation fut clairement la méditation. Les premières chansons ont été écrites en Inde, puis des mots posés sur des sortes de carnets de voyage, des bribes de poésie du quotidien. C’est ça qui m’a amenée à cette idée d’album que je voulais large, ouvert musicalement, comme pour retrouver un espace intérieur. 

Pourquoi une promotion aussi en Allemagne ? Tu as un public Outre-Rhin ?

C’est le troisième album qui sort en licence en Allemagne, et avant ça je chantais avec Pascal Parisot. Nous étions – une bonne partie « de la nouvelle scène chanson » comme le Label Allemand le Pop Musik aime à définir cette scène – compilés sur les disques de leur label. Ça date de 2003, c’est donc grâce à ce label, grâce à deux passionnés de pop française basés à Cologne. Je ne sais pas pourquoi ça a continué de manière croissante mais oui aujourd’hui j’ai un public Outre-Rhin un peu plus large qu’en France.

Tes projets ont toujours été enrichis par de belles collaborations : Pascal Parisot, Sammy Decoster, Bastien Lallemant, Bertrand Belin, Marianne Dissard, Naïm Amor, les groupes Erevan Tusk et French Cowboy. Sur ce nouvel album, on retrouvera Pascal Parisot au chant et à la réalisation et Naïm Amor invité sur le titre Maintenant, c’est bien ça ?

Et, comme j’aime à le dire, c’est le jeu des influences. Une chose est sûre nous sommes sur les mêmes compilations, les mêmes scènes, les mêmes lieux de proximité. Quant à Pascal Parisot c’est mon partenaire musical depuis le début. Nous avons cette fois réalisé ensemble et c’est moi qui ai eu envie de le faire chanter sur mes chansons plutôt que l’inverse ! Naïm Amor vit à Tucson et, au moment du Mix, il n’a pas été compliqué de croiser les musiciens. C’est une vraie communauté d’artistes, musiciens et, grâce à Naïm, les gens savaient qu’il y avait une chanteuse française qui mixait chez Jim. J’ai enregistré aussi un trompettiste et tromboniste. Comment ne pas en profiter ? C’était simple, c’est la manière dont les musiciens américains travaillent  !

Pourquoi choisis-tu d’écrire tes textes en français ? Est-ce un combat pour toi que de ferrailler avec cette langue qui est sauvage, difficile à dominer ? Est-ce un acte de résistance dans la mondialisation actuelle où la tendance est de chanter en anglais ?

Mais pas du tout le français est de plus en plus écouté, ce n’est pas à moi qu’il faut dire ça alors que je chante en Allemagne, aux Usa en langue française et même quand la mode était à l’anglais. Les jeunes groupes branchés reviennent au français, et les chansons, à toutes les sauces musicale eighties, folk, pop rock, passent dans notre langue. Elle a mis du temps mais on sait la faire sonner maintenant. On a un bel héritage quand même. Si je chante en anglais c’est pour honorer un répertoire traditionnel mais à quoi bon écrire en anglais ? D’abord je n’ai pas le niveau d’écriture poétique en anglais, et puis c’est très intéressant de ne pas être toujours compris. Je vois avec les publics étrangers : autre chose passe, des choses plus fortes justement.

Quel titre as-tu choisi pour la compilation du Festival Walden ? Pourquoi ?

Le titre Maintenant qui est le point de départ de cet album, le souffle spontané que j’avais besoin d’exprimer. Et curieusement ce fut la chanson « prise de tête »,  je ne lui  trouvais pas sa place dans l’album. Le texte est un premier jet, il m’a fallu du temps pour comprendre que je ne pouvais pas  le retravailler, car j’avais une impression de trop de simplicité. J’ai cherché à compliquer, à réécrire  mais elle fonctionne comme ça, puis je n’aimais plus la musique et donc nous avons co-composé une nouvelle musique avec Pascal. C ’est aussi  une des seules qui est allée jusqu’au bout de l’aventure avec l’enregistrement de Naïm Amor à Tucson et des cuivres. Puis nouvelle prise de tête, Jim a fait le mix , Pascal imaginait un autre mix la chanson a causé des tergiversations jusqu’à la fin,  et aujourd’hui elle réconcilie avec sa programmation en radio et ça  nous échappe toujours.

Quels sont tes projets musicaux et/ou artistiques ?

J’ai composé six musiques  pour le prochain album de Vanessa Philippe,  chanteuse, auteure et danseuse  contemporaine, un album que nous allons réaliser avec Pascal Parisot durant l’été. Voilà donc une deuxième réalisation que nous proposons en binôme. Et puis j’ai un projet de spectacle avec un répertoire de reprises autour des train songs. Et un stock de poésies que j’aimerais regrouper et mettre en forme quelque part. C’est en cours de construction.

Quelle est ton étoile ? Qu’est-ce qui te guide ?

Mes filles sont mes étoiles, le yoga, la méditation me guident aujourd’hui avec la création musicale, à partager.

 

Merci Fredda !

 

 
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